Category: Les phénomènes de conscience


[ SCIENCES, SAVOIRS & PHILO ]
La conscience est-elle le gage d’un bien commun?
Posté par Philippe Lassire le 9/9/2008 17:50:00 (887 lectures) Articles du même auteur
Un vieux dicton dit : « Dieu dort dans le minéral, rêve dans le végétal, agit dans l’animal et s’éveille dans l’homme ».Le mot conscience vient du latin conscientia qui est naturellement décomposé en « cum scientia » avec savoir. En général, c’est la faculté qu’à l’homme de connaître sa propre réalité et de la juger. Cette étymologie suggère non seulement la connaissance de l’objet par le sujet, mais que cet objet fait toujours référence au sujet lui-même.

Notre civilisation, dans son langage courant, parle de conscience objective, de conscience subjective, de conscience subconsciente, du Soi, de conscience universelle, de conscience de groupe, de conscience nationale, etc. Je vais tenter, en quelques lignes, de donner un modeste point de vue sur  ces présumés différents types de conscience.

    Selon le philosophe, la conscience est l’organisation dynamique et personnelle de la vie psychique ; elle est cette modalité de l’être psychique par quoi il s’institue comme sujet de sa connaissance et auteur de son propre monde ; l’être et le devenir conscients constituent donc tout à la fois la forme de l’expérience du sujet et la direction de son existence. La finalité de la conscience, exprimée dans son mouvement, et la hiérarchie de ses structures, pour les uns, sa « spiritualité » et sa « réalité », ou la vouent pour les autres, à la critique « matérialiste » qui la nie. Le problème de la conscience est à cet égard le problème central, non seulement de toute psychologie mais de toute métaphysique. Prise dans les antinomies de la raison, la conscience, « organisme de réalité » risque de perdre elle-même toute réalité.

La Tradition ésotérique, quant à elle, affirme que la matière a été faite pour la conscience, le corps et l’âme. La conscience est le but de cette organisation vivante faite de chair et d’os, de nerfs et de muscles ; elle est aussi le but de ce vaste système de mer, de terre, d’air et de ciel. Cette création infinie, que forment le soleil et la lune, les étoiles, les nuages et les saisons, n’a pas été instituée dans le simple but de nourrir et de vêtir le corps ; elle l’a été essentiellement, et en premier lieu, pour éveiller, nourrir et faire épanouir l’âme, pour être l’école de l’intelligence, la nourrice de la pensée et de l’imagination, le champ d’expression de pouvoirs actifs, une révélation du Tout et un lien d’union sociale. Nous sommes placés dans la création matérielle, non pour être ses esclaves, mais pour la maîtriser et en faire le ministre de nos plus hautes facultés. Il est intéressant d’observer tout ce que le monde matériel représente pour notre conscience.

La plupart des sciences, des arts, des professions et des occupations de la vie, ont pour origine notre relation avec la matière. Le philosophe de la nature, le physicien, l’homme de loi, l’artiste et le législateur trouvent, dans la matière, leurs sujets ou leurs occupations de recherches. Le poète emprunte ses plus belles images à la matière. Le sculpteur et le peintre l’utilisent pour exprimer leurs plus nobles conceptions. La matière tend à pousser le monde vers l’activité. Les organes des sens, l’œil surtout, éveillent dans la conscience des pensées infinies. Prétendre alors que l’humanité est plongée dans la matière au point que sa conscience collective ne peut s’élever, est en contradiction avec le grand but de l’union de l’âme avec le corps. On peut alors estimer que la philosophie qui ne voit pas, dans les lois et les phénomènes de la nature extérieure, le moyen d’éveiller la conscience, est lamentablement bornée, et qu’un état social dans la masse des hommes est excessivement occupée à des travaux matériels au point que l’âme est terrassée et tenue à l’écart, est en guerre avec les desseins de Dieu et utilise, pour la servitude, ce qui devrait être le moyen de libérer et de faire s’épanouir l’âme.

Nous pouvons comparer la conscience entière à une échelle graduée d’énergie vibratoire ou aux octaves de la gamme des sons. Tant que certaines octaves de la gamme ne sont pas atteintes, il n’y a pas discernement, cette réalisation qui constitue soit notre conscience subjective, soit notre conscience objective.

L’homme ne peut s’élever plus haut que le niveau de sa conscience. Essayer de forcer un homme à améliorer ses méthodes de travail ou sa conduite morale et sociale sans améliorer au préalable sa conscience, et développer sa compréhension, c’est tout simplement perdre son temps. Les êtres malfaisants ou dévoyés doivent être pris en pitié, car ils n’ont pas encore appris la maîtrise d’eux-mêmes.

Les unités d’esprit n’ont d’abord qu’une conscience rudimentaire, celle que peut avoir un être unicellulaire. Mais tandis que les organismes vivent, se reproduisent et meurent, ce sont ces mêmes unités d’esprit (car elles ne meurent pas, étant énergie et non matière) qui, après la mort, construisent d’autres corps plus perfectionnés. Elles développent leur conscience et leurs facultés de perception à travers leurs nombreuses vies. En évoluant, leur énergie s’accroît et groupe un nombre grandissant de molécules pour former les diverses parties de leur structure physique qui se perfectionne proportionnellement à leur force. Ces unités d’esprit étant énergie, elles sont invisibles et sont partout et en tout. Elles collaborent à la naissance et au développement de tous les phénomènes et toutes les manifestations de la vie.

Nous devons établir une importante distinction entre le cerveau et la conscience. Le cerveau est un organe physique destiné à certaines fonctions de la conscience. Tout comme les poumons ont pour but les fonctions de la respiration. La conscience agit, dans une large mesure, au moyen du cerveau, mais elle n’opère pas exclusivement par l’intermédiaire de cet organe. Il est possible à la conscience de fonctionner de diverses manières lorsqu’il y a ablation du cerveau. Cela a été prouvé par des expériences entreprises sur des animaux. Le fonctionnement de la conscience s’opère en deux  domaines : le domaine subconscient et le domaine objectif. Au domaine objectif s’associe un certain aspect subjectif comme la mémoire, l’imagination, le raisonnement et la volonté. Bien qu’on ait l’habitude, en raison de ces deux domaines — objectif et subconscient — de parler de deux consciences, cela, dans un sens large, ne serait pas exact. Selon certaines écoles de philosophie, la conscience de l’homme serait immortelle, dès lors qu’elle serait une partie de l’âme et de la personnalité, alors que le cerveau, comme tous les autres organes physiques, est mortel. La conscience et la personnalité pourraient subsister, selon certaines écoles, après le décès et elles conserveraient, comme partie de leurs attributs, tout ce qui est emmagasiné dans la mémoire.

Dans le cadre de ce bref exposé, je ne peux qu’essayer de donner que quelques définitions succinctes et complémentaires du texte précédent de quelques types de consciences :

Conscience objective — La conscience objective est la conscience de ce qui est extérieur à nous, de la réalité apparente qui existe en dehors de nous-mêmes. C’est la connaissance de notre milieu physique et social, au moyen de nos sens réceptifs, vue, ouïe, toucher, odorat, goût. Elle agit dans le monde matériel par l’intermédiaire d’un corps physique et d’une manière individualiste, surtout dans le dessein de préserver le corps physique, instrument de l’âme sur le plan terrestre. La conscience objective doit nécessairement servir une fin égoïste, mais cet égoïsme devrait avoir un but constructif. Telle qu’elle est en général, la conscience objective sert un égoïsme destructif. Par égoïsme constructif, on entend cet égoïsme qui tend à préserver de son mieux le corps, tous ses pouvoirs et toutes ses fonctions, afin que l’âme qui y réside ne soit pas entravée dans sa mission ici-bas. Être constructivement égoïste signifie chercher à s’améliorer de toutes les manières, afin de pouvoir mieux servir l’humanité et faire du monde un lieu meilleur. Un tel égoïsme a l’approbation du Tout. Pour atteindre ce but, le corps a été doté d’une conscience objective qui peut venir à bout des problèmes et des conditions purement physiques. En revanche, être négatif de façon destructive veut dire que la conscience objective est à la recherche d’avantages qui sont destinés non pas à servir autrui, mais uniquement à satisfaire des besoins purement personnels.
Le but et la fonction de la conscience objective sont, comme indiqué ci-dessus, essentiellement matériels. Son rôle est de maintenir le corps en bonne santé, dans un état normal et prêt à obéir à tout moment aux sollicitations de l’âme que manifeste le subconscient. La conscience objective, comme le corps physique, est subordonnée au subconscient. Ses attributions consistent à informer le subconscient des conditions physiques existantes, afin que celui-ci soit guidé pour savoir comment exprimer les idéaux cosmiques dans le monde matériel. Le domaine de la conscience objective inclut les cinq sens physiques et leurs fonctions, les actes volontaires, la faculté de se souvenir, le raisonnement inductif et enfin le raisonnement complet, ce qui prouve combien le fonctionnement de la conscience objective, à travers le corps physique et le cerveau, est important dans le plan cosmique des choses.

Conscience subjective — Les attributs de l’intellect que sont le raisonnement, la volonté, le souvenir et l’imagination appartiennent au domaine subjectif. Ils résident à l’intérieur de l’intelligence consciente, mais ils sont en arrière du niveau objectif de conscience.
L’état subjectif n’est pas un état inconscient. C’est la conscience des vibrations d’une série d’impressions ayant une origine immédiate différente de celle de nos sens objectifs.

Conscience subconsciente ou subconscient — Il se peut que la conscience de l’homme ne soit pas double et qu’elle ne soit qu’une seule conscience se manifestant parfois en deux domaines distincts ou en deux phases. Mais, puisque les manifestations de la conscience se groupent elles-mêmes en deux classes distinctes appelées objective et subconsciente, il est devenu courant, en psychologie de parler d’une double conscience, objective et subconsciente. Certains aspects de la conscience objective — quand il y a introversion comme c’est le cas, par exemple, pour les réminiscences ou l’imagination sont couramment considérés comme subjectifs.
Ce subconscient est gradué en niveau de conscience selon la réponse faite aux vibrations, chacun ayant sa fonction particulière. À une extrémité de cette échelle graduée de conscience, se trouvent les niveaux avec lesquels nous sommes le plus familiers : les aspects subjectif et objectif de la conscience. Ainsi comme nous l’avons dit, la conscience est double en son fonctionnement. Tout d’abord il y a la grande conscience du Tout, qui est plus directement reliée à la Conscience Universelle. En nous ceci constitue le subconscient. Puis, finalement il y a les niveaux inférieurs du subconscient que nous venons de citer — c’est-à-dire le subjectif et l’objectif que nous désignons sous le nom de conscience objective.

Conscience de Soi — Celle-ci constitue la phase finale du développement que nous avons poursuivi depuis son origine. C’est un état dans lequel le souvenir de l’influence que notre être propre peut exercer sur le monde extérieur sert à la base de toutes les relations que nous établissons avec ce qui n’est pas nous. Elle diffère de la conscience que nous avons du monde extérieur, que nous attribuons aux animaux extérieurs, en ce que l’accent psychique est passé de l’objet au sujet conscient. Ce déplacement de conscience est un phénomène qui est devenu familier depuis que nous avons constaté :
1 — Qu’un concept est une synthèse dans laquelle l’accent psychique porte sur la pensée, la conscience, alors que dans la perception, il porte sur le monde extérieur.
2 — Que désirer, et ensuite vouloir , marque l’initiative du Moi, de l’être qui remplace nettement celle du non-être.
Dans le cas de la conscience de Soi, le Moi en tant que cause prend une importance supérieure à celle du non-être…

Conscience universelle — Cette expression est souvent employée pour désigner la conscience cosmique, la conscience qui est répandue dans tout l’univers. Elle n’est pas seulement la conscience universelle, mais la conscience de tous les êtres vivant sur le plan terrestre, unis, à cet égard, au point de ne former qu’une conscience dans laquelle toute inspiration, idée ou expression d’importance cosmiques est enregistrée et peut être perçue par un contact approprié.

Conscience de groupe (humaine, nationale, professionnelle, sportive etc.) — Il semblerait que l’adoption de pensées communes et répétitives sur un temps prolongé forme une conscience collective de groupe, appelée par certaines écoles, égrégore.

Maintenant, la question que l’on peut se poser est donc de savoir quel type d’évolution on doit attendre de l’homme : morphologique ou physique, mentale, spirituelle, ou les trois en même temps ?
À cette question, Sri Aurobindo donne la réponse suivante : « Au cours des étapes précédentes de l’évolution le premier soin et le premier effort de la Nature devaient nécessairement porter sur un changement dans l’organisation physique, car c’est ainsi seulement que pouvait se produire un changement de conscience ; cet ordre était nécessaire parce que la conscience en voie de formation n’était pas assez forte pour influencer un changement dans le corps. Mais avec l’homme, il devient possible de renverser l’ordre des opérations, c’est même inévitable : c’est par sa conscience et la transmutation de sa conscience et non plus par l’entremise de quelque organisme corporel nouveau, que l’évolution peut et doit s’effectuer (…). Ce n’est plus le changement du corps qui doit précéder le changement de conscience, c’est la conscience elle-même qui, par sa propre mutation, imposera et opérera toute mutation nécessaire au corps ».

Par une future conscience universelle appropriée, il serait idéal de réconcilier l’homme avec le monde en le libérant, non seulement des préjugés qui pèsent sur ses possibilités personnelles d’épanouissement et d’expression, mais aussi de l’empreinte qui obère initialement ses conditions d’accomplissement et de réussite. Il s’agit d’éviter le gâchis individuel et collectif de notre humanité d’hier et d’aujourd’hui, et d’accorder les possibilités de progrès humain avec les conquêtes de la Science. Dans l’absolu, nous sommes en mesure de proposer à nos descendants un archétype renouvelé de l’Humanité. Cet homme-là sera-t-il meilleur au sens de notre morale actuelle ? Sera-t-il plus généreux, plus accessible à la solidarité ? La vraie question est ailleurs : aura-t-il une meilleure conscience sociale et individuelle ?

Je terminerai par ces deux pensées qui peuvent étayer mon propos : Le psychologue clinique William James déclarait « Si l’évolution est à l’œuvre en douceur, la conscience, sous quelque forme, doit avoir été présente à l’origine des choses » Pour celui-ci, donc, la conscience existe à un certain degré dans toutes les choses vivantes et évolue. Elle n’émerge pas soudain comme un phénomène pleinement développé. La conscience n’est pas une série d’unités indépendantes, mais un courant. Spinoza disait également :  « Lorsque l’homme prend conscience de lui-même, c’est-à-dire lorsqu’il se rend compte de sa propre existence, perception que son âme lui rend possible, alors Dieu se réalise en lui, parce que le moi réel en l’homme est le Moi de Dieu lui-même. »

En conclusion, on peut néanmoins estimer que la conscience semble être totalement le gage d’un bien commun à l’ensemble de l’humanité et probablement bien au-delà.

PHILIPPE LASSIRE


Note: 9.00 (18 votes) – Merci de NOTER : Intéressant / Sans intérêt? –
Publicités

Dans ce témoignage, Francine Hardy nous décrit son expérience de mort apparente, quand elle s’était noyée en mer à l’âge de 8 ans. Ecouter de tels témoignages est essentiel car ils permettent de mieux ressentir ce qui se passe dans une telle situation extrême que j’appelle hyperconscience.

[http://youtu.be/MYCbRjI8SFs]

Le  corps et l’esprit ne font qu’un, ainsi que l’âme qui est pour ainsi dire le lien
entre les deux.
La tonalité de nos pensées et nos émotions influencent
directement le corps par l’intermédiaire des neuromédiateurs et hormones qui
sont le liant entre le cerveau et le corps.Si nos pensées et nos
émotions ont une tonalité négative, nous produisons des hormones correspondant
au stress, au mal-être (notamment le cortisol). Par accumulation excessive, ces
hormones vont dérégler le fonctionnement de l’organisme, dégrader notre sommeil,
et notre système immunitaire va être inhibé, nous rendant plus vulnérables au
développement de maladies infectieuses ou d’un cancer.Inversement, les pensées et

émotions positives entrainent la production de neurotransmetteurs et
d’hormones qui démultiplient nos facultés cérébrales et notre créativité
(sérotonine, dopamine, endorphines), tout en renforçant notre système
immunitaire et en synchronisant de façon optimale les fonctions de
l’organisme.Voici un reportage du JT de France 2 sur la méditation et
ses effets sur l’organisme:

Dans notre cerveau, les zones mentales (corticales), émotionnelles (limbiques), et
physiologiques sont intimement interconnectées et liées par des échanges
neuronaux permanents. C’est pourquoi les pensées formées dans le cortex exercent
une influence sur notre organisme tout entier, par l’intermédiaire des zones
limbiques et « reptiliennes » directement impliquées dans l’ensemble de nos
processus métaboliques. L’influence de la pensée consciente sur le corps, et en
particulier pour agir sur des aspects de notre santé, est donc déterminante

1964, dans un livre co-écrit avec Ralph Metzner, « A Psychedelic Manual », basé
sur le Livre des morts tibétain, Timothy Leary décrivait les états modifiés de
la conscience…
« Une expérience psychédélique est un voyage dans de
nouveaux champs de conscience. La portée et la teneur de l’expérience sont sans
limite, mais ses caractéristiques sont la transcendance des concepts verbaux,
des dimensions d’espace-temps et du moi ou de l’identité. De telles expériences
de conscience élargie peuvent se produire par une multitude de moyens: la
privation sensorielle, les exercices de yoga, la méditation disciplinée, les
extases religieuses ou esthétiques, ou spontanément. Très récemment, ces
expériences sont devenues accessibles à tout un chacun par l’ingestion de
drogues psychédéliques telles que le LSD, le psilocybine, la mescaline, le DMT,
etc. Bien sûr, ce n’est pas la drogue qui produit l’expérience transcendante.
Elle agit comme une simple clef chimique – elle ouvre l’esprit, libère le
système nerveux de ses modèles et structures ordinaires. Ce type d’expérience
rappelle le voyage astral, ou sous d’autres termes plus scientifiques, la
projection astrale ou l’expérience hors du corps. »
Timothy Leary avait imaginéun modèle des dimensions de la conscience basé sur 8 « circuits ».

Il situait les 4 premiers dans le cerveau gauche, et les 4 autres
dans le cerveau droit, ces derniers restant inactivés chez la plupart des
personnes…
1. Le niveau de survie biologique

est celui en relation avec les instincts de survie les plus primitifs, et la séparation
dangereux/inoffensif des objets nous entourant. Ce niveau aurait émergé pour la
première fois dans les cerveaux des invertébrés. Ce serait le premier à
s’activer dans le cerveau d’un enfant. Leary disait qu’il était activé par les
drogues opïoides. Ce circuit implique une perception unidimensionnelle: avant et
arrière (en avant vers la nourriture, le foyer, et tout ce qui est considéré
comme sain et nécessaire, et à l’opposé laisser en arrière les prédateurs et
dangers).

2. Le niveau émotionnel

serait lié aux émotions brutes et à la séparation de comportement entre soumis et dominant. Ce circuit serait apparu en
premier chez les vertébrés. Pour les humains, il serait en fonctionnement quand
l’enfant apprend à marcher. Leary l’associe avec l’alcool. Ce circuit introduit
une seconde dimension (haut bas) liée avec les comportements territoriaux et aux
jeux de pouvoir tribaux (haut comme la taille représentant le pouvoir, et bas,
comme la posture « queue-entre-les-jambes » en signe de soumission).

3. Le niveau symbolique

concerne la logique et la symbolique dans les pensées. Leary
disait que ce circuit serait apparu quand l’homme a commencé à se différencier
du reste des primates. Leary croyait que ce circuit est stimulé par la caféine,
la cocaïne, et autres stimulants. Ce niveau introduit la troisième dimension,
droite et gauche, liés au développement des mouvements habiles et l’utilisation
« d’artefacts » (aussi appelé par Leary le niveau Habileté-Symbolisme et appelé
par Robert Anton Wilson le niveau Sémantique).

4. Le niveau domestique.
Ce niveau concerne l’évolution à travers un réseau social et la transmission de
culture à travers le temps. Ce niveau serait arrivé avec le développement des
tribus. Leary n’a jamais associé de psychoactif à celui-ci, mais des écrivains
postérieurs l’ont associé avec le MDMA. Ce quatrième circuit serait en relation
avec les règles et codes moraux, sexuels, tribaux… passés de génération en
génération et il est l’introduction à la quatrième dimension: le temps (aussi
appelé par Leary et Wilson le niveau Socio-Sexuel).

5. Le niveau neurosomatique

est le premier de l’hémisphère droit, premier des niveaux
« supérieurs » qui sont inactifs chez la plupart des humains. Il autoriserait à
voir les choses dans un espace multidimensionnel au lieu des 4 dimensions de
l’espace-temps euclidien, et serait présent pour aider à l’exploration future de
l’espace. Il serait apparu avec le développement des sociétés de loisirs autour
de l’an -2000. On l’associe avec l’hédonisme et l’érotisme. Leary l’avait lié
avec le cannabis et le yoga tantrique, ou simplement à l’expérience de la chute
libre au bon moment.

6. Le niveau neuroélectrique

est en relation avec l’esprit devenant conscient de lui-même, indépendamment des schémas crées par
les 5 circuits précédents. Il est aussi appelé « métaprogrammation » ou
« conscience des abstractions ». Leary disait que ce niveau permettait les
communications télépathiques, et qu’il est impossible de le décrire à ceux qui
n’ont seulement expérimenté les 4 premiers circuits, et difficile pour ceux avec
un cinquième niveau actif. Leary le liait avec le peyolt et la psilocybine
(Robert Anton Wilson appelait ce niveau ‘le niveau de la
Métaprogrammation »).

7. Le niveau neurogénétique

permettrait l’accès à la mémoire génétique contenue dans l’ADN. Il est connecté avec les mémoires des
vies passées, les mémoires akashiques, et l’inconscient collectif, et
autoriserait l’immortalité pour les humains. Ce circuit serait apparu en premier
parmi les sectes Hindoues et Soufis dans le début du premier millénaire. Il est
stimulé par le LSD, et le Raja Yoga (Robert Anton Wilson appelait ce circuit le
circuit Morphogénétique).

8. Le circuit psycho-Atomique

permettrait l’accès à la conscience intergalactique qui régit la vie dans l’univers (souvent
décrite comme Dieu, la Déesse-Mère, les Extraterrestres), et permettrait aux
humains d’agir en dehors de l’espace-temps et des contraintes de la relativité.
Ce circuit est associé à la kétamine et au DMT par Leary (aussi appelé par Leary
le circuit Neuro-Atomique ou le circuit Métaphysiologique, Robert Anton Wilson
l’avait appelé le circuit Quantique Non-Local).

Le terme « illumination » évoque l’idée d’un accomplissement surhumain, et l’ego aime s’en tenir à cela. Mais l’illumination est tout simplement votre état naturel, la sensation de ne faire qu’un avec l’Être. C’est un état de fusion avec quelque chose de démesuré et d’indestructible. Quelque chose qui, presque paradoxalement, est essentiellement vous mais pourtant beaucoup plus vaste que vous.

Hyperconscience, expérience du flow ou optimale et décondionnement vont de paire. C’est ce déconditionnement qui libère l’énergie dont vous avez besoin pour changer vos croyances, vous libérer des craintes et des peurs et adpater votre éveil de cosncience à un niveau plus élever.

Ce que nous qualifions d’hyper-conscience ne me semble être que l’aboutissement d’un processus de maturation psychique naturel.

Le niveau de conscience de l’occidental moyen relève de l’infra-conscience. Nos sociétés font tout ce qu’elles peuvent pour maintenir l’individu à un àge psychologique très bas pour le rendre contrôlable et en cela il est facile d’observer que le servage frontal des temps moyennageux dure sous cette forme souterraine et psychologique. Un grand frein aux états d’éveil avancés.

Le complexe « moi » est la première exploitation de l’homme par l’homme. Demandez à X d’aller à la guerre se faire massacrer il prendra ses jambes à son cou. Conditionnez-le pendant les 20 années de sa jeunesse à penser « je suis français, je suis identique à la france » et vous en ferez de la graine de héro. Sortir de la boite du conditionnement c’est ce qui se passe dans les moments de très hautes performance sans aucun asservissement à un cause ou un dogme.

« Je ne peux vous contrôler que si j’instille en vous la crainte. Quelle crainte ? la crainte de ne plus être reconnu, aimé, accepté,
socialisé. »

Je vais implanter en vous des identifications, des images que vous aurez toute votre vie, de vous. Vous penserez « Je suis communiste, philosophe, charcutier, chrétien, pilote de chasse etc. » Et quand vous direz « horreur, je vais mourrir », c’est la mort de ce « Chétien » que vous envisagerez, dans l’effroi. Vous n’êtes jamais né, mais cela vous échappe. Et puis je vais vous demander de faire ce qu’il faut pour être un bon chrétien.

Et dans cet état d’infra-conscience dans lequel je vous maintiens, je vous tiens, je vous contrôle. Je n’ai d’ailleurs pas besoin de vous récompenser, le processus se maintient de lui-même: par la peur secrète de ne plus être ce que vous pensez être vous quémandez matin au soir des preuves de votre conformité.

Vous vous sentez bien, aimé, rassuré, accepté, compris, quand vous êtes conforme à votre inconscient modèle interne. Ce modèle qui tue vos possibles parce que vous ne le voyez pas, parce que vous ne le « conscientisez » pas.

La conscience de ce « moi » libère les possibles, libère l’être. Mais cette libération sape les fondements de cette asservissement de masse qu’est notre société. Se libérer, être – par la conscience de ce qu’on l’est pas – soi, est anti-social, à contre-courant, inducteur de très haute solitude.

L’Être vous est accessible immédiatement et représente votre moi le plus profond, votre véritable nature. Mais ne cherchez pas à le saisir avec votre « mental » ni à le comprendre. Vous pouvez l’appréhender seulement lorsque votre « mental » s’est tu. Quand vous êtes présent, lorsque votre attention est totalement et intensément dans le présent, vous pouvez sentir l’Être. Mais vous ne pouvez jamais le comprendre mentalement. Retrouver cette présence à l’Être et se maintenir dans cet état de « sensation de réalisation », c’est cela l’Illumination.

L’illumination, c’est trouver votre vraie nature au-delà de tout nom et de toute forme. Votre incapacité à ressentir cette fusion fait naître l’illusion de la division, la division face à vous-même et au monde environnant. C’est pour cela que vous vous percevez, consciemment ou non, comme un fragment isolé. »

Voir aussi Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent

par Rob Schultheis

Dépasser ses limites, trancender l’espace-temps, décupler ses énergies, un rêve ? Non. Une réalité, contenue en nous.

Comment pouvais-je rejeter la force et l’authenticité de ce qui m’était arrivé là-haut ?

J’avais éprouvé Cela, ce vide sans nom qui fit écrire à Lewis Carroll un jour :

Quand la vie devient un Spasme,

Et l’Histoire un Sifflement :

Si ce n’est une Sensation,

Je ne sais ce que c’est.

J’avais éprouvé Cela, et je Le voulais à nouveau. Cela, cette magie,et c’est ce qui me tourmentait, se trouvait quelque part en moi, avait toujours été là, et y perdurerait jusqu’à ma mort : assoupi, attendant d’être éveillé par un instant de panique, de danger, de désespoir total.

Eh bien, je trouverais un moyen de l’éveiller à nouveau, de le saisir, de l’utiliser, ou, du moins, j’essaierais. Le jeu en valait la chandelle. Mon corps et mon esprit m’apparaissaient comme le Nouveau Monde en 1491 : un continent perdu aux trésors inconnus, attendant d’être exploré, cartographié, amené à la lumière. Il y avait, bien sûr, nombre de cartes potentielles – physiologique, psychologique, biochimique, théologique et anthropologique, pour n’en pommer que quelques-unes ; je les parcourrais toutes, et d’autres encore si nécessaire, jusqu’à ce que je trouve la bonne, jusqu’à ce que je trouve le chemin du retour.

Mes premiers indices, je les cherchai au sein du territoire le plus évident, l’expérience d’autres aventuriers et athlètes de l’extrême. Si le risque et le stress avaient fait jaillir en moi une forme de satori sur le Neva, d’autres, à l’évidence, avaient dû éprouver la même expérience en des circonstances semblables ; si tel était le cas, en examinant chacune de ces expériences, je pourrais dresser une véritable étiologie des performances record et des extases induites par le stress : une grammaire de l’abracadabra.

En l’occurrence, il existait un grand nombre de cas semblables. Par exemple, John Muir : ce grand pionnier, coureur des bois et naturaliste, escaladait en solitaire le mont Ritter dans la Sierra Nevada, lorsqu’il se retrouva bloqué sur la face d’un à-pic. Incapable de monter ou de descendre, paralysé par la terreur, « il me semblait soudain que je possédais un sens nouveau, écrivit Muir. L’autre moi, expérience accumulée, Instinct ou Ange gardien – appelez-le comme bon vous semble – apparut et prit le contrôle. Mon tremblement cessa, chaque fente, chaque fissure (dans la roche), m’apparaissait comme vue au microscope, et mes membres bougeaient avec une telle sûreté, une telle précision qu’il me semblait que je n’avais plus à intervenir. Eussé-je été muni d’ailes, ma délivrance n’eût pas été plus complète. » Il atteignit le sommet avec une incroyable facilité.

Le géologue suisse Albert von St. Gallen Heim rassembla des dizaines de comptes rendus sembla-bles dans une monographie originale de 1892, Remarques sur les chutes fatales (Notizen über dem Tod durch Absturz). Après avoir rapporté les propos de ceux qui avaient survécu à de telles chutes ou d’autres accidents, St. GalIen Heim conclut : « Il n’y avait ni anxiété, ni trace de désespoir, ni douleur … L’activité mentale était devenue stupéfiante, cent fois plus rapide et plus intense. La relation entre les événements et leurs conséquences probables était analysée avec une clarté objective… L’individu agissait à la vitesse de l’éclair… » Athlètes et aventuriers ont rencontré ces formes d’expérience pendant des siècles, mais il fallut attendre les années 60 et 70 pour qu’un petit nombre de coureurs, de grimpeurs, de kayakistes, de surfeurs, de pilotes de deltaplane et de skieurs, notamment sur la.côte Ouest, tentât délibérément de sonder les possibilités magiques du sport. Nombre de ces athlètes chercheurs et visionnaires étaient des vétérans du LSD et des adeptes de gourous orientaux ; ils découvrirent que les états high engendrés par les hallucinogènes et la méditation pouvaient être retrouvés dans les sports extrêmes, sous une forme plus stable et plus profonde. Dans un article intitulé « Le grimpeur visionnaire », publié dans le numéro de mai 1969 de la revue Ascent, l’alpiniste californien Doug Robinson écrit : « … nous ressentons à présent chaque chose autour de nous. Chaque cristal individuel dans le granit se découpe en un puissant relief. Les formes infinies des nuages captent sans cesse notre attention. Pour la première fois, nous avons remarqué la présence de minuscules insectes sur les parois, si minuscules qu’ils en étaient presque invisibles. Alors que je m’assurais, j’en contemplai un durant un quart d’heure, surveillai ses mouvements en admirant sa brillante couleur rouge. Comment peut-on s’ennuyer alors qu’il existe tant de choses sublimes à voir et à sentir ? Cette unité avec la joie de notre environnement, cette perception pénétrante, nous donnait un sentiment de plénitude que nous n’avions pas éprouvé depuis des années. »

« Cette vision n’était pas un accident, conclut Robinson. Elle était le résultat de plusieurs jours d’ascension. On avait dû passer par toutes les difficultés techniques, la déshydratation, les efforts violents, le désert sensoriel, la fatigue, la perte progressive du moi. »

Certains skieurs découvrirent dans leur propre sport cette même forme d’extase déclenchée par le stress. Gil Harrisson, grand skieur professionnel dans les années 60, puis patrouilleur à ski, adepte de la méditation indienne et propriétaire d’un gros ranch, décrivit les sensations éprouvée lors d’une descente : « Lorsque vous entendez siffler les bosses et les portes, que le vent hurle dans votre casque protecteur, il n’y a plus de temps pour penser à quoi que ce soit – j’en oubliais même de respirer – vous vous retrouvez brusquement et de facto dans un autre monde, sans pensées, traversé de perceptions sensuelles, toute votre vision concentrée en un seul point. Puis, la porte d’arrivée, le vent qui s’arrête, et vous voilà revenu. Mais vous êtes toujours high, et vous savez que ce monde plus brillant, plus intense, est toujours là.

Où vais-je ?

Mais est-ce que je vais vraiment quelque part ?

Je repense au syndrome du Livre des records , cette volonté imbécile d’être le premier, de sauter le plus haut, d’aller le plus loin, de souffrir le plus possible. Qu’est-ce que l’aventure, une des plus pures et fondamentales constantes de l’homme, est devenue dans notre âge d’ignorance ? « Si l’aventure a une finalité globale, écrit Wilfred Noyce, l’explorateur et alpiniste britannique, c’est sûrement celle-ci : nous partons parce qu’il est dans notre nature de partir, d’escalader des montagnes, de descendre des rivières, de voler vers les planètes et de plonger dans les profondeurs des océans… Lorsque l’homme n’agira plus ainsi, il ne sera plus un homme. » Une phrase à méditer. (Extrait de Cimes, éd. Albin Michel.)

La réponse du corps

Pour une biochimie du stress et de l’extase : la bêta-endorphine.

La réponse du corps à des situations de stress, comme celles que l’on rencontre en pratiquant les sports les plus durs, est orchestrée par un dispositif global complexe de messages chimiques entre les cellules nerveuses, de combinaisons chimiques correctes, d’appels et de réponses. Au commencement, une hormone, que les biochimistes appellent « grande HACT » (hormone adrénocoticotropique), est libérée ; en se décomposant, elle donne naissance à un large spectre de substances actives qui agissent toutes en vue de mobiliser l’esprit et le corps.

La bêta-endorphine semble constituer le premier déclencheur dans l’équation biochimique du stress. « Elle se tient exactement au centre du réseau de contrôle, dit le biologiste Derek Smyth. Elle est capable de produire une analgésie ou même une catatonie, d’abaisser le taux de sucre dans le sang, de moduler par inhibition les neuro-transmetteurs du cerveau, et de stimuler la décharge d’une multitude d’hormones pituitaires qui, en elles-mêmes, jouent un rôle déterminant dans le co portement. » L’histoire de la découverte de l’endorphine est particulièrement remarquable : un véritable travail de détective. Les neurobiologistes qui travaillaient sur l’accoutumance aux narcotiques découvrirent des sites récepteurs sur les cellules nerveuses qui s’adaptaient à des substances opiacées exogènes (c’est-à-dire en dehors du corps humain) comme l’opium, la morphine et l’héroine. Comment de tels sites, se demandèrent-ils, avaient-ils pu se développer, alors que l’homme n’utilise des opiacés que depuis trois ou quatre mille ans ? (Le pavot somnifère, Papaver somni-ferum, fut probablement utilisé pour la première fois, à des fins thérapeutiques et/ou récréatives, sur les rives orientales de la Méditerranée durant le Néolithique). Il devait exister des substances endogènes, secrétées par le corps humain lui-même, qui s’adaptaient à ces mêmes sites récepteurs, similaires en forme et en fonction aux opiacés. Elles existaient effectivement, les neuro-biologistes découvrirent ainsila bêta-endorphine et d’autres peptides semblables quoique moins puissants appelés enképhalines.

Pour en revenir à. la réponse au stress, le rôle le plus important de la bêta-endorphine est celui d’un « destructeur » de la douleur ; des tests ont montré que son pouvoir analgésique est cent fois supérieur à celui de la morphine. D’autre part, les enképhalines, outre leurs qualités analgésiques, favorisent la modulation des substances chimiques modificatrices de l’humeur comme la sérotonine, la dopamine, la norépinéphrine (noradréaline) et l’épinéphrine (adrénaline) : elles aident en quelque sorte à rétablir et à maintenir l’équilibre émotionnel.

De façon intéressante, la bêta-endorphine peut être divisée en deux composants chimiques « Jekyll et Hyde », l’alpha-endorphine et la gamma-endorphine. La première, euphorique et analgésique, apporte un bien-être et supprime la souffrance. La gamma-endorphine, d’après des expériences menées sur des animaux de laboratoire, induit des effets exactement opposés : irritabilité, excitabilité, sensibilité accrue à la douleur. Dans des situations de stress ou de survie, les deux composants se révèlent complémentaires : une dose d’alpha pour surmonter la douleur et la peur, et une dose de gamma pour vous maintenir en contact avec la réalité de la situation afin d’y réagir correctement.

Mais les endorphines et les enképhalines ne constituent pas les seuls éléments de l’équation bio-chimique. La « grande HACT » contient également une sorte de « petite HACT » qui déclenche la stimulation de substances chimiques telles que l’épinéphrine (adrénaline) et la noré- pinéphrine (noradréna- line), lesquelles produisent une conscience mentale et sensorielle accrue et une rigidité musculaire. Dans le catalogue de la « grande HACT », on trouve aussi la « HSM » (hormone stimulant la mélanocyte), une substance qui a la propriété d’augmenter la vigilance et d’accélérer le processus d’apprentissage chez les animaux de laboratoire. Cette dernière peut permettre d’expliciter les histoires rapportées par tant de survivants, selon les- quelles leur vie se déroulait devant eux comme un film en accéléré ; le bio- computer du cerveau est sans doute en train de conduire une recherche rapide à travers ses banques de mémoire, en quête d’une information susceptible de le sortir d’une impasse. Mais il y a plus : lorsque le corps manque d’oxygène, comme c’est le cas après un grand effort, le taux d’oxyde de carbone s’élève ; celui-ci se décompose en acide lactique, lequel provoque, on le sait, une modification des états de conscience. Déshydratation, variations du taux de sucre dans le sang – la diversité des conséquences chimiques du stress est pratiquement illimitée.

Qu’est-ce que tout cela signifie, au regard des performances et des expériences sportives extrêmes, ou de toute autre situation qui outrepasse les limites de l’animal humain ? On peut avancer différentes hypothèses. Il semblerait que la biochimie et les performances fussent directement reliées ; à bonne bio-chimie, bonne performance ; à mauvaise biochimie, mauvaise performance. Revenons à notre sujet. Est-il déraisonnable de suggérer que les chamanes contrôlent effectivement leur réaction biochimique au stress et peuvent fabriquer à volonté le juste mélange endocrinien ? Le Dr Raymond Prince, psychologue canadien, entrevoit une telle possibilité dans un article de 1980 intitulé « Chamanisme et endorphines : facteurs endogènes et exogènes en psychothérapie ». Il y décrit un état psychophysiologique optimal dû à ce qu’il appelle « l’adresse omnipotente », un sentiment de contrôle absolu et parfait d’une situation dangereuse et, partant, de n’importe quelle situation. Prince croit que la réponse endocrinienne du corps au stress est à la racine de cette sensation. Les chamanes apprennent-ils à déclencher cette réponse en eux-mêmes et transmettent-ils ensuite celle-ci à. leurs disciples par le truchement de situations d’angoisse ritualisées, de crises soigneusement programmées ? Cette possibilité permettrait de penser ensemble des éléments aussi disparates que mon expérience sur le Neva, l’escalade du mont Kenya par M’Ikiara et les exploits gymnastiques impossibles du jeune sorcier Tenzing sur le Zatr Og.

« Dans une situation de stress, écrit le Dr Prince, un état d’hyperconscience surgit et engendre les endorphines ou autres neu-roendocrines appropriées en quantités suffisantes pour provoquer un sentiment de tranquillité et de paix cosmique. » Cet état d’esprit (et de corps) est vraisemblablement à l’origine des grandes performances ; lorsque vous vous sentez complètement relaché bien que parfaitement concentré sur la tâche à. accomplir, vos actions et vos réactions sont les plus parfaites qui soient. Et si quelqu’un pouvait se plonger dans cet état à volonté (ce que les chamanes et leurs semblables sont capables de faire), il apparaîtrait au reste de l’humanité comme un surhomme. Les êtres humains atteignent parfois cet accord parfait au moyen d’une pratique continue, et parviennent à contrôler ce qui est normalement incontrôlable. Pensez à cette splendide question que posa un jour Shirley Temple, âgée de dix ans, à son metteur en scène : « Lorsque je pleure, voulez-vous que les larmes descendent jusqu’au bas de mon visage, oû qu’elles s’arrêtent au milieu des joues ? »

Aujourd’hui, la psychologie du sport aux États-unis est véritablement obsédée par un concept assez récent, purement anglophone : le « flow », que l’on pourrait traduire en français par « être dans la zone ». Ce moment ou le joueur de basket réussit tous les shoots qu’il tente et se sent à proprement parler inarêtable. Ce bref instant ou le joueur de soccer semble avoir le ballon collé aux crampons, quelque soit le dribble qu’il essaye de passer, avec une sensation exceptionnelle : il est intouchable. Ces quelques secondes ou le nageur exécute une dernière longueur exceptionnelle en remontant tous ses adversaires pour gagner la course. Cette sensation de rêve que n’importe quel sportif, à n’importe quel niveau, a ressenti avec plus ou moins d’intensité et plus ou moins fréquemment. Avec une seule constante : l’absence totale de maîtrise de cet état de grâce que tout sportif professionnel cherche a atteindre le plus souvent possible… en vain?

Image
‘I felt so powerful.’
‘I felt that anything was possible.’
‘I wasn’t really thinking about anything but I knew exactly what I was doing.’
‘I felt like success was happening to me but that I was in total control.’

Le 9 novembre 2010, Paul Millsap et le Jazz d’Utah affrontent le redoutable trio du Heat de Miami. Les floridiens ont une avant confortable à quelques instants du buzzer final, mais le corpulent intérieur de Salt Lake City rentre alors un shoot impossible longue distance, lui qui n’en tente absolument jamais. Puis un deuxième. Et un troisième. Les commentateurs en perdent leur voix, alors que Millsap rentre le shoot au buzzer pour envoyer les deux équipes en prolongation. 11 points en 28 secondes dont trois derrière l’arc. Pour un intérieur tout sauf shooteur longue distance (il était jusque là à 2/20 en carrière), comment qualifier une telle performance? La chance? Peut-être pas.Paul Millsap a simplement vécu, le temps de 28 secondes de jeu, l’incroyable expérience de la « Zone ».

Késako, me direz-vous. Brièvement présentée dans l’intro, la « Zone » (phénomène également appelé « Flow » tout au long de cet article) possède des caractéristiques bien précises et des dynamiques propres.

Selon Wikipedia, il s’agit de « l’état mental de fonctionnement dans lequel une personne exerçant une activité estentièrement immergée dans celle-ci dans un état maximal de concentration, une pleine participation, et connaissant le succès dans le processus de l’activité ». Une définition qui découle de celle appartenant au plus connu et approuvé des théoriciens de ce phénomène : le psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi – à vos souhaits – dans son ouvrage Flow : The Psychology of Optimal Experience publié en 1990 (mais l’auteur évoquait la Zone dès 1975).

Il y explique alors que ce « Flow » est expérimenté lorsque le sujet est totalement absorbé dans son activité. Csikszentmihalyi parle de « motivation intrinsèque », état caractérisé par « un sentiment de grande absorption, d’engagement, de domination et de talent au cours duquel les préoccupations temporelles sont totalement ignorées». Si l’on continue de se fier aux paroles du psychologue il faut savoir que « lorsque vous êtes dans la zone, l’égo disparait. Le temps passe vite. Chaque action, chaque mouvement et même chaque pensée découle naturellement et inévitablement de la précédente ; tout votre être est impliqué et vous utilisez vos compétences à l’extrême ». Une harmonie extrême entre la pensée et les gestes où le sujet réussit tout ce qu’il tente.

Dans un article faisant suite à l’exceptionnelle performance de Tiger Woods lors de l’US Open de Golf en 2000, un journaliste nommé Tolson expliquait que « la condition physique [du golfeur] était optimale ; son esprit parfaitement localisée sur la tâche à accomplir, voire inconscient de ce qu’il fait et permettant ainsi des choses extraordinaires ».

Image

Je suis certain qu’à ce moment du texte, certains d’entre vous ont d’ores et déjà pensé à des situations personnelles (je pense tout particulièrement au niveau sportif pour vous, basketteurs) dans lequel vous avez pu vous sentir dans cette agréable situation. Pour essayer de vous aider à savoir si oui ou non vous avez expérimenté la Zone, voici ses 9 principales caractéristiques, aujourd’hui encore considérées par beaucoup comme Tables de la Loi du Flow. La théorie de la Zone stipule ainsi que cet état si particulier possèderait les spécificités suivantes :

1. Un objectif clair.
2. Un haut degré de concentration.
3. Une absence de ‘conscience de soi’
4. Une perception altérée du temps
5. Une rétroaction visible et immédiate (les réussites ou échecs sont visibles de telle sorte que le comportement puisse être ajusté)
6. Un équilibre entre le niveau d’aptitude et de défi (l’activité n’est ni trop facile ; ni trop difficile)
7. Une sensation de contrôle sur l’activité
8. L’impression que l’action est enrichissante
9. Un manque de connaissance des besoins du corps (on peut ainsi atteindre un état de grande fatigue ou de faim sans s’en rendre compte)

Certains auteurs ont pourtant fait part de leur désaccord quand à cette théorie réductrice puisqu’elle limite finalement la Zone, en quelque sorte, au hasard (avec ces spécificités, n’importe qui semble pouvoir expérimenter cet état de grâce). C’est le cas du psychologue Malcom Gladwell dans son article intitulé « Physical Genius » (2000), qui utilise des exemples sportifs bien précis pour prouver que la zone n’est pas due à la chance, mais à d’incroyables capacités physiques et mentales innées et (plus étonnant) à une imagination hors pair qui permet au champion de n’être surpris en aucune situation.

Il compare ainsi les cas de Michael Jordan et de Karl Malone et explique que His Airness et The Mailman possédaient, au départ, les mêmes capacités et la même conscience professionnelle. Au détail près que Malone n’avait de loin pas l’imagination de Jordan : lors du Game 6 des finales 1998, sur cette fameuse possession poste bas face à Rodman, Malone n’a pas vu venir le #23 venir intercepter la balle par derrière pour sceller ensuite le sort des Finals. Pour Gladwell, il s’agit ici du moment où toute l’imagination de Jordan s’exprime et fait la différence avec la plupart de ses pairs. La preuve que pour être dans la zone, il faut être un « physical genius » : s’améliorer physiquement et mentalement pour pouvoir être dans la zone le plus souvent possible et surtout pendant les moments décisifs. C’est ainsi qu’il soutient que réduire une performance exceptionnelle au « simple » fait d’être dans la zone est ridicule car dévalue l’immense préparation nécessaire pour devenir cet athlète hors-pair.

Entre les deux théories, il ya certainement un juste milieu, où le conscient et l’inconscient jouent tous deux un rôle crucial et s’équilibrent, de telle sorte que certaines performances se hissent au-delà d’une simple explication sportive.

Les conditions du phénomène:

Si les caractéristiques de la Zone ne sont donc pas évidentes, ses conditions sont plus claires. Pour être « in the groove », il faut se trouver dans un contexte particulier illustré par le graphique suivant qui combine l’enjeu du challenge, de l’activité, et l’état d’esprit dans lequel le sujet l’aborde.

Image
Source : Finding flow: the psychology of engagement with everyday life par Mihály Csíkszentmihályi

C’est ainsi que le nouvel objectif vis-à-vis de cette Zone est de maitriser celle-ci. Si l’on sait définir les conditions d’entrée, on doit être capable de décider d’y entrer et de définir le moment ou on en est sorti. Trouver l’environnement parfait dans lequel le sportif maximisera ses chances de connaître cet état de grâce.

Mais venons enfin à ce qui nous intéresse concrètement : à quoi ressemble le Flow dans le monde de la balle orange? Quand a-t-on pu avoir l’occasion d’admirer des athlètes dans cet état de quasi-transe? Beaucoup, à des niveaux plus ou moins forts. Un T-Mac qui plante 13 points en 35 secondes est clairement « in the groove ». Idem pour Goran Dragic face aux Spurs il y a 9 mois. Bien sûr, un Kobe Bryant en seconde mi-temps du fameux match aux 81 points expérimente pleinement la Zone. Si vous regardez ce match prochainement, tendez l’oreille car les commentateurs l’évoquent souvent quand the Black Mamba prend feu.

Suite au match, Kobe tiendra les propos suivants : « J’étais dans mon monde. Rien ne pouvait atteindre ma confiance.Il n’y avait pas de question à se poser : le ballon rentrait. Tout était en slow motion, je ne pouvais pas me manquer. Quand ça arrive, il ne faut pas y penser, surtout pas. Sinon l’état de grâce peut s’envoler en un instant. Tous les bruits ne font plus qu’un, on fait abstraction de tout. Le truc, c’est ça. Continuer dans la même voie et ne rien laisser perturber ton rythme. […] Tout l’environnement : le public, l’équipe, passait au second plan. Quand t’es dans cet état là, les autres ne peuvent pas faire grand-chose, si ce n’est te contenir dans cet état, te nourrir pour te donner encore plus faim. »

Image

Kobe, un spécialiste de la zone ? De tels propos ne sont pas anodins. Sous les ordres de Phil Jackson, Bryant a effectivement pu s’empiffrer des conseils du plus grand spécialiste NBA du Flow. L’un des meilleurs psychologues que la ligue n’ait jamais connu est effectivement lui aussi obnubilé par un concept qu’il s’est forcé de provoquer chez les Bulls des 90’s puis des Lakers de la dernière décennie. Des médias américains relataient ainsi des méthodes de travail et d’entrainement inédites, tournées principalement vers la méditation dans un objectif de placer ses joueurs dans cette fameuse situation optimale, dans laquelle la grande majorité des conditions du Flow sont remplies.

Jetez donc un coup d’œil à cette citation issue du bestseller de Phil Jackson, Sacred Hoops : « La plupart des rookies arrivent en NBA en pensant que ce qui va les rendre heureux est d’étaler leur propre égo, leur conscience, sur toutes les chaînes télés. Cette approche du jeu est vide de sens. Ce qui rend le basket si exaltant, c’est la joie de se fondre dans la danse, même si cela ne dure que le temps d’un magnifique instant ».

Car Phil Jackson, avant d’apprendre à ses joueurs de jouer au basket ensemble, les motive à saisir l’opportunité du moment présent et à s’impliquer dans le processus qu’est jouer au basket. S’impliquer, pleinement.

Image

Une implication sur laquelle il faut travailler : garder la concentration et la motivation pour avoir l’opportunité d’expérimenter la Zone même après 10 ou 15 ans de carrière n’est pas facile. Vous comprendrez alors pourquoi un joueur comme Grant Hill continue à s’éclater aujourd’hui sur les terrains, après tant d’années de frustration. Ou même pourquoi Michael Jordan est revenu encore plus fort après sa pause-baseball, le temps de retrouver la motivation et cette soif d’implication.

Clairement, la Zone est la preuve que la clé du succès dans tous les sports – et peut-être pour le basket plus que pour d’autres – est aussi (surtout?) mentale. « Ne faire qu’un avec la balle et le panier », « ne pas se poser de question », etc.

Mais comme le but n’est pas de rentrer dans les généralités, je vais simplement finir en revenant rapidement sur les fameuses techniques de Phil Jackson et en évoquant George Mumford. Un psychologue, spécialiste de la méditation,que Master Zen a spécifiquement fait venir de Boston jusqu’à Chicago en 1993. Mumford a ensuite suivi Jackson dans la cité des Anges californienne, poursuivant les méthodes mises en place dans l’Illinois. Des entrainements spécifiquement concentrés sur la méditation et la communication. Forcer les joueurs à se mettre en condition de la Zone. Avec une citation pour meilleur explication. Elle est signée George Mumford, et est à la fois étonnante et remarquable.

« Ce que j’essaye d’apprendre aux joueurs, c’est s’oublier pour se trouver afin de performer. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut surtout pas se dire ‘là, je vais vraiment bien’ ou ‘là, rien ne va’. Le meilleur exemple? Le match 1 des finales 1992. Les six 3-points de Michael Jordan en première mi-temps. C’était avant que je travaille avec Michael, mais je me souviens avoir vu le match. Il rentre ses cinq premiers 3 points : tout va bien il est dans la Zone. Mais au moment où il réussit son sixième et qu’il se retourne pour hausser les épaules avec cette célèbre moue du type ‘désolé, mais la même moi je ne comprends pas’, c’est fini. Il sort de l’état optimal, et à ce moment précis je savais qu’il ne pouvait plus rentrer un seul shoot comme les précédents. Une fois que vous agissez de nouveau de manière consciente, que vous dites ‘hé, regarde ce que je fais’, ce Flow si précieux disparait aussi subitement qu’il est arrivé ».

Image

Je vous laisse le lien d’une autre interview de Mumford, tout aussi passionnante :http://www.mbaproject.org/4Youth/the-chicago-bulls-meditate-so-do-the-lakers

Ils parlent de la Zone :

– « Jouer comme si notre vie en dépendait alors qu’on sait pertinemment que ce n’est pas le cas » – Amir Khan, boxeur
– « Un sentiment unique : le temps ralenti et tout devient plus clair. Le moment où tu sais exactement que ta technique est au sommet. Tout semble si facile et ce sans éprouver aucun effort. Chacun de tes muscles, chacune de tes fibres fonctionne en telle harmonie que le résultat final est juste fantastique » – Mark Richardson, sprinteur.
– « Lorsque je suis dans une course, il n’y a plus qu’une chose qui compte : la course. Tout le reste n’a aucune importance » – Bill ShoeMaker, jockey
– « C’est quand le conscient entre dans le domaine sportif, qu’on commence accumule les deceptions. C’est comme la Constitution qui separe l’Eglise et l’Etat : le sport doit a tout prix separer l’esprit et le corps. » – Bill Lee, joueur de baseball
– « L’essence du sport, c’est de le considérer comme au-dessus de tout quand on le pratique, et n’y accorder qu’une importance minime quand on ne le pratique pas » – Roger Bannister, athlète spécialiste du demi-fond
– « La clé du succès, c’est de laisser libre court aux émotions. Jouer avec son âme autant qu’avec son corps » -Kareem Abdul-Jabbar
– « Penser ? Comment peut-on penser et frapper la balle en meme temps ? » – Yogi Berra, joueur de baseball.
– « J’étais déjà en pole position. Soudain, j’ai vu que j’avais deux secondes d’avance sur tout le monde, même sur mon binôme qui avait la même voiture. J’ai alors réalisé que je ne conduisais plus la voiture consciemment. Je la conduisais comme instinctivement. J’étais comme dans un tunnel : tout le circuit était un tunnel. Je continuais et continuais, encore et encore et encore et encore. J’avais largement dépassé mes propres limites mais j’étais toujours capable d’aller encore plus vite et de prendre un peu plus d’avance. » – Ayrton Senna
– « J’ai ressenti comme un étrange calme…une sorte d’euphorie. J’ai eu l’impression de pouvoir courir une journée entière sans fatigue, de pouvoir dribbler à travers toutes leurs équipes ou à travers tous mes adversaire, comme si je pouvais presque leur passer à travers physiquement. » – Pelé

Image

Pour aller plus loin…

Bien entendu, le “flow” ne s’applique pas qu’au domaine sportif. Beaucoup essayent de trouver cet état de grâce dans la vie de tous les jours, « saisir le moment présent », expérimenter ce flow au quotidien pour profiter au maximum de son existence. De nombreux psychologues cherchent encore les moyens de parvenir a cet état ‘second’. C’est tout l’intérêt de pratiques telles que le yoga, ou même le message véhiculé par certaines religions (on pense bien entendu au bouddhisme).

Vous l’aurez compris, la Zone est à la fois claire et très floue. Est-ce le lieu de la confiance absolue? De l’inconscient? Du talent à l’état pur? Les psychologues se contredisent sur le sujet, et les études consistant à recueillir le ressenti des sportifs après une performance hors du commun pour encadrer plus concrètement cet état optimal se multiplient. L’enjeu est à la fois de définir les caractéristiques de l’état, et les moyens d’y parvenir. Imaginez vous seulement si l’on pouvait trouver le moyen d’entrer et de rester « in the zone », de percer le mystère du Flow. Le sport serait à la fois plus beau qu’il ne l’a jamais été, mais perdrait aussi tout son intérêt… Toutes les analyses d’hier comme d’aujourd’hui, aussi intéressantes et argumentées soient-elles, restent toutes relativement subjectives et très différentes les unes des autres : à chacun d’y trouver son juste milieu selon ses convictions ou croyances.

06 mai 2011 le monde.Fr

« L’hyperconscience » de nos champions décodée par Philippe Presles. Passionnant !

Dans son ouvrage « Tout ce qui n’intéressait pas Freud » (2011), Philippe Presles plonge au cœur des mystères de la conscience. A l’origine de cet intérêt, son propre vécu « d’une situation extrême de la conscience » : une électrocution. Un jour de bricolage, il commet un acte de négligence le conduisant à se retrouver à tenir un fil électrique dans chaque main. Le temps qu’il comprenne son erreur, il était malheureusement trop tard : « En passant d’un bras à l’autre, l’électricité me bloquait la poitrine, m’empêchant de respirer ou de crier. Elle me plaquait les bras repliés contre le corps. Il m’était impossible d’arracher ces câbles meurtriers… J’étais bien en train de mourir » (p.18). Au moment où la situation nous semblait bel et bien désespérée, son récit prend une toute autre tournure : « C’est alors que j’ai entendu en moi, dans un grand silence, une voix parler très calmement et dire : « Que m’arrive-t-il ? Je m’électrocute. Impossible d’arracher les fils. Je vais mourir. » Puis, après un moment assez long : « Tes jambes marchent encore… » Et je me suis mis à courir dans la pièce à côté, ce qui arracha les fils, trop courts pour me suivre ».

Ce jour restera pour Philippe Presles, celui où sa conscience lui a sauvé la vie. Selon lui, s’il n’avait pas été capable de se parler à lui-même, la situation qu’il était en train de vivre serait demeurée incomprise, ce qui l’aurait empêché de découvrir la solution. Comme l’a écrit Boris Cyrulnik« l’objet d’étude que l’on choisit est un aveu autobiographique ». Il semble que Philippe Presles n’ait pas échappé à la règle. Cet épisode le conduit à une volonté farouche de comprendre le vécu des « situations extrêmes de la conscience ». Il se rend compte qu’à l’exception des expériences de mort approchée, ces situations ne font pas l’objet de recherches scientifiques. Il décide alors de se pencher sur leur étude et d’interviewer de nombreuses personnes ayant également été sauvées par leur conscience : accident de la route, bataille lors de la guerre du Vietnam, noyade, dépression…

Au fil de ses recherches, il comprend que des moments de conscience exceptionnels peuvent être associés à une autre « catégorie » de situations extrêmes. Cette constatation le conduit à interroger des artistes sur leurs performances sur scène, des grands croyants, des moines bouddhistes au sujet du vécu de leurs prières ou de leurs méditations et de nombreux champions au sujet de leurs exploits sportifs.

Tous les témoignages recueillis, quels qu’ils soient, sont passionnants, émouvants et étonnants. L’incroyable potentiel de notre conscience lors d’événements exceptionnels, que Philippe Presles appelle « hyperconscience », s’avère d’une grande richesse dans la compréhension du fonctionnement de notre conscience en général.

En ce qui concerne plus précisément nos sportifs de haut niveau, les passionnés du discours intérieur se plairont à découvrir leur vécu de ces moments où il s’agit de tirer partie de tout le potentiel de leur conscience pour être performants. Distorsion du temps, « hyperconcentration », « hypersensibilité », « hyperstress », fluidité sont autant de sujets abordés. Philippe Presles considère que dans ces moments, l’individu se sent complètement vivre : « On comprend pourquoi la pratique du sport au plus haut niveau est une grande source de joie et pourquoi cela vaut la peine de souffrir à l’entraînement ou lors des exploits » (p.157)