06 mai 2011 le monde.Fr

« L’hyperconscience » de nos champions décodée par Philippe Presles. Passionnant !

Dans son ouvrage « Tout ce qui n’intéressait pas Freud » (2011), Philippe Presles plonge au cœur des mystères de la conscience. A l’origine de cet intérêt, son propre vécu « d’une situation extrême de la conscience » : une électrocution. Un jour de bricolage, il commet un acte de négligence le conduisant à se retrouver à tenir un fil électrique dans chaque main. Le temps qu’il comprenne son erreur, il était malheureusement trop tard : « En passant d’un bras à l’autre, l’électricité me bloquait la poitrine, m’empêchant de respirer ou de crier. Elle me plaquait les bras repliés contre le corps. Il m’était impossible d’arracher ces câbles meurtriers… J’étais bien en train de mourir » (p.18). Au moment où la situation nous semblait bel et bien désespérée, son récit prend une toute autre tournure : « C’est alors que j’ai entendu en moi, dans un grand silence, une voix parler très calmement et dire : « Que m’arrive-t-il ? Je m’électrocute. Impossible d’arracher les fils. Je vais mourir. » Puis, après un moment assez long : « Tes jambes marchent encore… » Et je me suis mis à courir dans la pièce à côté, ce qui arracha les fils, trop courts pour me suivre ».

Ce jour restera pour Philippe Presles, celui où sa conscience lui a sauvé la vie. Selon lui, s’il n’avait pas été capable de se parler à lui-même, la situation qu’il était en train de vivre serait demeurée incomprise, ce qui l’aurait empêché de découvrir la solution. Comme l’a écrit Boris Cyrulnik« l’objet d’étude que l’on choisit est un aveu autobiographique ». Il semble que Philippe Presles n’ait pas échappé à la règle. Cet épisode le conduit à une volonté farouche de comprendre le vécu des « situations extrêmes de la conscience ». Il se rend compte qu’à l’exception des expériences de mort approchée, ces situations ne font pas l’objet de recherches scientifiques. Il décide alors de se pencher sur leur étude et d’interviewer de nombreuses personnes ayant également été sauvées par leur conscience : accident de la route, bataille lors de la guerre du Vietnam, noyade, dépression…

Au fil de ses recherches, il comprend que des moments de conscience exceptionnels peuvent être associés à une autre « catégorie » de situations extrêmes. Cette constatation le conduit à interroger des artistes sur leurs performances sur scène, des grands croyants, des moines bouddhistes au sujet du vécu de leurs prières ou de leurs méditations et de nombreux champions au sujet de leurs exploits sportifs.

Tous les témoignages recueillis, quels qu’ils soient, sont passionnants, émouvants et étonnants. L’incroyable potentiel de notre conscience lors d’événements exceptionnels, que Philippe Presles appelle « hyperconscience », s’avère d’une grande richesse dans la compréhension du fonctionnement de notre conscience en général.

En ce qui concerne plus précisément nos sportifs de haut niveau, les passionnés du discours intérieur se plairont à découvrir leur vécu de ces moments où il s’agit de tirer partie de tout le potentiel de leur conscience pour être performants. Distorsion du temps, « hyperconcentration », « hypersensibilité », « hyperstress », fluidité sont autant de sujets abordés. Philippe Presles considère que dans ces moments, l’individu se sent complètement vivre : « On comprend pourquoi la pratique du sport au plus haut niveau est une grande source de joie et pourquoi cela vaut la peine de souffrir à l’entraînement ou lors des exploits » (p.157)

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