Des effets de la méditation de pleine conscience (mindfulness) visibles par imagerie cérébrale

La participation à un programme de 8 semaines de méditation de pleine conscience (mindfulness meditation) semble apporter des changements mesurables dans des régions du cerveau associées à la mémoire, la conscience de soi, l’empathie et le stress, selon une étude publiée en janvier dans la revue Psychiatry Research: Neuroimaging.

« Bien que la pratique de la méditation soit associée à une sensation de calme et de détente physique, les praticiens ont longtemps prétendu que la méditation procure aussi des avantages cognitifs et psychologiques qui persistent toute la journée », explique Sara Lazar du Massachusetts General Hospital.

« Cette étude montre que des changements dans la structure du cerveau pourraient sous-tendre certaines des améliorations signalées et que les gens ne se sentent pas mieux seulement parce qu’ils ont passé du temps à relaxer. »

Des études précédentes de l’équipe de Lazar et d’autres ont montré des différences structurelles entre les cerveaux de praticiens de la méditation et de personnes ne la pratiquant pas. Mais elles ne montraient pas que ces différences étaient effectivement produites par la méditation.

Dans la présente étude, Lazar et Britta Hölzel de l’Université Giessen (Allemagne) ont pris des images cérébrales de 16 personnes qui ont pris part, pendant 8 semaines, à un programme deréduction du stress basé sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction). Cette approche intègre la méditation de pleine conscience qui consiste à porter intentionnellement attention aux sensations, émotions et états d’esprit sans porter de jugement de valeur. En plus de rencontres de groupe hebdomadaire, les participants ont pratiqué la méditation 27 minutes par jour en moyenne. Les images cérébrales des participants étaient comparées à celles de personnes ne participant pas au programme.

Les images cérébrales ont montré une augmentation de densité de la matière grise dans l’hippocampe, une région importante pour l’apprentissage et la mémoire, et dans les structures associées à la conscience de soi, l’empathie et l’introspection.

Les réductions de stress rapportées étaient aussi en corrélation avec une diminution de la densité de matière grise dans l’ amygdale, qui joue un rôle important dans l’anxiété et le stress.

Bien qu’aucun changement n’ait été observé dans l’insula, une structure associée à la conscience de soi, comme identifié dans des études antérieures, les auteurs suggèrent que la pratique de la méditation à plus long terme pourrait être nécessaire pour produire des changements dans cette région.

« Il est fascinant de constater la plasticité du cerveau et que, en pratiquant la méditation, nous pouvons jouer un rôle actif pour le changer et accroître notre bien-être et notre qualité de vie. » commente Hölzel.

Qu’est-ce que la méditation et la psychothérapie de pleine conscience (mindfulness)?

La méditation de pleine conscience consiste à porter intentionnellement attention aux expériences internes ou externes du moment présent, sans porter de jugement de valeur.

Alors qu’elle tire ses origines de la tradition bouddhiste, les travaux de Jon Kabat-Zinn de l’Université du Massachusetts (États-Unis), vers la fin des années 1990, ont été influents pour promouvoir son intégration à différentes formes de psychothérapie.

La prudence est de mise toutefois. La méditation de pleine conscience est mise de l’avant dans de multiples approches non sérieuses, ésotériques et spirituelles diverses. Les charlatans et sectes sont nombreux dans ce domaine. Au consommateur d’être prudent et de s’informer.

Jon Kabat-Zinn a développé la psychothérapie dite de « réduction du stress basée sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction) pour la gestion du stress, de l’anxiété et de la douleur chronique chez les personnes atteintes de maladies. Cette approche a été reprise et étudiée par plusieurs équipes américaines.

La méditation de pleine conscience a aussi été intégrée à la psychothérapie cognitive pour la prévention des rechutes en dépression, à la psychothérapie comportementale dialectique (de Marsha Linehan) pour le traitement du trouble de la personnalité limite (borderline) et à la thérapie d’acceptation et d’engagement (« Acceptance and Commitment Therapy » de Steven C. Hayes, utilisée en thérapie de couple).

Intégrée à la psychothérapie cognitive ou de réduction de stress, la méditation de pleine conscience vise:

  • à améliorer la conscience du moment des sensations corporelles, des pensées, et des émotions;
  • à améliorer l’acceptation des émotions négatives avec une attitude d’auto-compassion;
  • des objectifs spécifiques tels que, par exemples, prendre conscience de la spirale de pensées et d’émotions négatives qui peut favoriser une rechute en dépression, stopper cette spirale en développant une nouvelle attitude envers ces pensées et émotions.

 

Une telle thérapie intègre souvent d’autres techniques que la méditation et vise d’autres objectifs tels que développer des stratégies d’adaptation.

Une différence importante de la psychothérapie cognitive de pleine conscience et la psychothérapie traditionnelle est que l’accent est davantage mis sur l’acceptation sans jugement des pensées et des émotions négatives plutôt que sur leur changement. (L’approche traditionnelle est représentée dans cet article: Anxiété, dépression, colère : remettre en question les pensées automatiques).

Voici des exemples d’expérimentation de psychothérapie utilisant la méditation de pleine conscience:

Gestion de la douleur chronique:
 La thérapie de réduction du stress basée sur la pleine conscience pour la fibromyalgie

Prévention des rechutes en dépression:
 La psychothérapie cognitive de pleine conscience pour la prévention des rechutes de dépression
 La thérapie cognitive de pleine conscience efficace pour le traitement de la dépression
 La psychothérapie aide à éviter que les pensées tristes évoluent en dépression

Voyez également:

 Sclérose en plaques: la méditation de pleine conscience pourrait améliorer la dépression et la fatigue
 Comment la méditation réduit-elle la douleur?
 Des effets de la méditation de pleine conscience visibles par imagerie cérébrale

Matière grise et matière blanche du cerveau: définitions

La matière grise du cerveau contient les corps cellulaires descellules nerveuses (neurones) alors que la matière blanche contient les fibres nerveuses (axones des cellules nerveuses) entourées d’une gaine de myéline protectrice (voyez l’illustration d’un neurone plus bas). La myéline, qui donne la couleur blanche, agit comme un isolant qui facilite la transmission des signaux transmis par les fibres nerveuses. 

La matière grise est distribuée dans le cortex (surface des hémisphères cérébraux et du cervelet), et plus profondément, dans les noyaux (ex. thalamus, hypothalamus), dans le tronc cérébral et la colonne vertébrale.

Les structures de la matière grise traitent l’information provenant des organes sensoriels ou d’autres régions du cerveau constituées de matière grise.

La matière blanche est composée de faisceaux de fibres qui connectent les différentes régions de matière grise et transmettent les communications entre les cellules nerveuses. 

Illustration: Neurone (cellule nerveuse) constitué d’un corps cellulaire, de dendrites et d’un axone entouré d’une gaine de myéline. 

Voyez également: 

 Qu’est-ce que la cellule nerveuse (neurone)?
 Qu’est-ce qu’un neurotransmetteur?