Le cercle de silence ou de dialogue dans un lieu symbolique collectif :

Le silence est la plus haute forme de la pensée, et c’est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouverons notre place dans l’absolu qui nous entoure.

Le huitième jour de la semaine

 

Il ne s’agissait donc pas dès l’origine, comme d’aucuns le croient, d’un mode d’action à but religieux ou mystique ou encore une action mystique, quelque chose de fumeux, de vaguement magique, tant la perspective de S’ARRETER un instant, de SE POSER parait saugrenue, voire dangereuse.

Les cercles de silence sont nés à l’initiative d’organisations très diverses : des franciscains, des managers, des militants, des membres de syndicats ou de partis qui préfèrent ne pas se définir par leur appartenance mais simplement par leur humanité et leur conscience… Quoiqu’il en soit, tous les cercles de silence appellent unanimement à REFLECHIR.

La manifestation telle que nous la connaissons est souvent bruyante, il s’agit de se faire entendre le plus fort possible et d’exprimer très haut sa colère, son mécontentement, ses revendications.

Particularités des cercles

Le silence est comme l’ébauche de mille métamorphoses. Rimbaut

 

Par la forme même du cercle, celui qui y participe se met en situation physique de réfléchir de façon à la fois individuelle et collective à ce dont ces agissements sont le symptôme.

C’est en ce sens qu’il est un acte à portée politique et économique (au sens traditionnel de vie de la cité) et citoyenne, plus large peut être que la manifestation.

Car le cercle par sa forme, par l’immobilité qu’il demande, conduit à penser. Il dit « réfléchissons » à la première personne du pluriel, et non pas « réfléchissez », à la deuxième personne. Il oblige à prendre conscience que nous sommes tous, absolument tous, impliqués dans ce qui se passe.

Pendant ces instants de silence, de nombreuses questions nous traversent. Car elles traversent, plus ou moins implicitement, tout le corps social et nous prenons conscience que nous ne pouvons ni les ignorer ni nous contenter des réponses superficielles.

Le cercle nous rappelle que tous les humains sont liés. Et c’est pourquoi le cercle réunit des personnes assez différentes de par l’ensemble de leurs motivations.

Il nous ramène aussi par la réflexion à laquelle il nous oblige, à ces questions essentielles qui sont : qu’avons-nous fait de ce monde que nous avons contribué à construire, pourquoi et comment en sommes nous arrivés là et plus important que pouvons nous faire à présent pour rendre un peu de raison et de conscience ?

 

La meilleure écoute serait celle où accompagné et accompagnateur se fond tous les deux dans l’écoute et le silence profond de la relation.

Emergence de la présence du silence dans le dialogue.

J’ai longtemps aimé le silence pour lire. La quiétude d’un néant quelconque, impersonnel, pour savourer pleinement le cataclysme sonore des mots.

Le Sang du temps (2005)

  1. Poursuivre un but commun défini très largement, sans agenda prédéfini, en laissant émerger dans le cercle les enjeux qui seront examinés.
  2. Rendre les présupposés les plus explicites possibles par un équilibre entre l’exposé authentique de ses points de vue et le questionnement respectueux de ceux des autres.
  3. Cerner les conséquences des conceptions entretenues et des actions entreprises pour les personnes, les organisations et leur environnement.
  4. Suspendre le jugement durant la parole et l’écoute et découvrir, par empathie, le point de vue et le sens vécu par d’autres personnes.
  5. Ralentir la vitesse de la pensée et développer une attention subtile sur les interactions existantes entre les interventions, la pensée, les émotions, les réactions corporelles, les valeurs, les intuitions, etc.
  6. Ne pas capturer la pensée par un seul effort accru de la pensée et accueillir la diversité des modes d’intervention (intellectuels, émotionnels, imagés, esthétiques, etc.).
  7. Respecter le caractère sacré de la parole en réduisant le nombre et la durée des interventions, en accueillant les temps de silence et en s’exprimant seulement quand l’intervention est considérée « conséquente ».
  8. Suspendre le plus possible les rôles et les statuts, incluant ceux des cadres dirigeants, ceux des employés subalternes ou ceux du facilitateur ou de la facilitatrice.
  9. Offrir ses interventions plus au centre du cercle qu’à des personnes en particulier et éviter les généralisations abusives.
  10. Résister le désir d’avoir été bien compris et de défendre son point de vue : développer la confiance qu’une autre personne va qualifier et enrichir l’intervention.
  11. Développer la patience en mettant davantage l’accent sur les processus d’apprentissage individuel et collectif offert par le dialogue et moins sur ses résultats à court terme.
  12. Avec le temps, ouvrir le cercle de dialogue aux personnes ne travaillant pas pour l’organisation mais représentant le système global affecté par les décisions et activités de l’organisation.

Les confusions fréquentes :

J’ai longtemps aimé le silence pour lire. La quiétude d’un néant quelconque, impersonnel, pour savourer pleinement le cataclysme sonore des mots.

Le Sang du temps (2005)

 

  1. Un dialogue est différent d’une dispute, d’un débat ou d’une discussion.
  2. Les groupes de dialogue sont différents des groupes de thérapie ou de soutien, bien que la pratique puisse mener à un développement de la conscience et à une meilleure gestion de soi.
  3. Un groupe de dialogue n’est pas un comité chargé de trouver des solutions à des problèmes à court terme, ni de résoudre des conflits particuliers.
  4. L’esprit des dialogues est différent de celui des « salons » et ne se résume pas à des réunions informelles.
  5. L’objet du dialogue n’est pas d’atteindre un consensus général ou de trancher entre différents intérêts divergents.
  6. L’objet du dialogue n’est pas non plus de former une communauté ou une secte, ni d’encourager la formation d’un groupe immuable.
  7. Le dialogue n’est pas une pratique de « petit groupe », mais de « grand groupe » qui peut servir de microcosme d’une société plus large.
  8. La pratique du dialogue ne se résume pas à un processus intellectuel mené par un groupe d’experts, mais mène à examiner le processus de la pensée elle-même.
  9. Le dialogue est différent du brainstorming car on y ralentit la pensée et des sessions de focus group car il n’y a pas d’agenda spécifique prédéfini.
  10. Le dialogue n’est pas une idée romantique naïve. Sa pratique est difficile et débutée souvent quand toutes les autres stratégies ont été essayées sans succès.

Opportunités

… pour tous ceux qui sentent profondément et qui ont conscience de l’inextricable labyrinthe de la pensée humaine il n’y a qu’une seule réponse possible: une tendresse ironique, et le silence.

Justine

  1. L’enjeu à traiter est suffisamment complexe pour pouvoir initier une pratique de dialogue.
  2. La problématique soulevée ne peut être gérée par un effort de « routinisation » utilisant des procédures éprouvées.
  3. Le degré de confiance entre les membres du groupe ou de la communauté à être réunie pour le dialogue est relativement sain.
  4. Les membres du groupe ou de la communauté ne connaissent pas actuellement de conflits personnels majeurs entre eux.
  5. Les cadres et cadres supérieurs devant participer au dialogue sont capables d’abandonner temporairement leur statut et leur volonté de diriger.
  6. Les personnes sans pouvoir formel ou même défavorisées socialement sont capables d’exposer leurs points de vue durant le dialogue.
  7. Le groupe ou la communauté a réalisé que l’utilisation de stratégies traditionnelles n’est pas assez riche afin d’aborder leurs enjeux complexes.
  8. Les membres du groupe ou de la communauté ont un engagement relativement important à essayer des stratégies innovatrices de développement.

 

On ne peut voir la lumière sans l’ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie.

Citations de Carl Gustav Jung