Accueillir le silence c’est recevoir le monde en soi et il faut créer beaucoup de vide en soi pour naitre à son recevoir. Le silence, un moment avec soi, un moment pour soi.

Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence. [Euripide]

Le silence n’est pas seulement rester sans parler mais de rester détaché du monde et d’être attaché à nous-mêmes. Et donc, il y a deux dimensions liées à nos états de conscience : détachement du monde de notre propre conscience externe et attachement au recevoir en soi de notre propre conscience interne.

La vie professionnelle nous étourdit dans des activités multiples, certains remplissent compulsivement leurs  journées et leur agendas afin d’éliminer la moindre minute de battement, le moindre vide, le moindre silence. A force de se noyer dans un activisme incessant, ils perdent le contact avec eux même. L’expérience du silence est  trop souvent négligée dans ce monde qui sans cesse nous agresse. Dans cet environnement grouillant, elle apparaît de plus en plus comme une nécessité pour se recentrer.  Dans cette agitation ambiante, ils se laissent envahir par toutes sortes de tourments qui, à la longue, finissent par les rendre malades, car à ce rythme, le corps s’épuise, les pensées se bousculent, s’embrouillent et se diluent.

Pour renforcer notre équilibre intérieur, nous ressourcer et écouter les messages que le corps nous envoie, nous aurions pourtant besoin de calme, de détente et de silence. Or,  précisément, nous redoutons le silence, il nous renvoie à toutes nos peurs archaïques : celle de l’absence, de l’insécurité, du vide, de néant, du manque d’amour, d’où notre besoin de combler et de se remplir de l’Autre, de possessions, de travail, de nourriture, d’alcool et  de substances diverses.

Le silence est un ami qui ne trahit jamais. [Confucius]

L’origine de nos peurs du silence et du vide.

Durant ses premiers mois de vie, le bébé est entièrement soumis au « principe de plaisir » énoncé par S. Freud . Il vit en pleine fusion avec celle qui le nourrit et lui procure des soins, en l’occurrence sa mère. N’ayant pas clairement conscience d’une réalité extérieure, ses demandes étant satisfaites par la mère,  il se  trouve dans l’illusion de la  toute-puissance. Peu à peu, au cours de sa maturation, l’enfant se confronte au « principe de réalité », aux premières frustrations, à l’attente, à l’absence.

La mère « suffisamment bonne » est sensée jouer un rôle de régulateur interne, mais aussi externe. Tout en continuant à l’accompagner et à lui prodiguer amour et soins, elle lui apprend à se confronter à la séparation, à l’attente et à la frustration qui en découle. Pour supporter l’absence, l’enfant  va devoir imaginer l’Objet affectif, le fantasmer, il utilisera « l’objet transitionnel » : doudou, ours en peluche, tétine etc.. Cette capacité fantasmatique lui offre en même temps la possibilité d’explorer son imaginaire.

Dans son processus d’individuation, pour se construire un moi autonome, l’enfant a besoin  d’expérimenter cette force interne. Elle lui permet aussi de pallier le manque.

A  défaut d’un accompagnement satisfaisant, (mère trop comblantes devançant toute demande et empêchant ainsi cette capacité d’exploration de vie intérieure, ou mère absente, peu affectueuse,)  il sera dans une éternelle attente, souffrant de carences, cherchant à l’extérieur  ce qui  pourrait le satisfaire.

Ainsi, pour certains, le silence renvoie à l’angoisse, au vide, au manque et surtout à l’incapacité d’y faire face. Il nous faut nous rendre à l’évidence : nous ne  parviendrons jamais  à colmater cette béance toujours en nous et devons admettre que l’Autre ne comblera jamais tous nos besoins.

Faute de s’en convaincre, notre vie risque d’être une quête insatiable et illusoire. Nous ne pouvons échapper en effet à l’expérience de la solitude inhérente à notre condition. La capacité d’être seul  nous apprend aussi  à grandir, elle nous confronte certes à l’absence, mais aussi à la présence. Elle éveille en nous la possibilité de se nourrir d’une vie intérieure plus intense, d’explorer de nouvelles ressources et  de se relier  à soi.

Nous pouvons parvenir à transformer notre peur de la solitude en l’apprivoisant,  en acceptant de se retrouver seul pour accueillir ses peurs, les  comprendre et les dépasser. On y puise une grande force et  on apprend alors à être bien avec soi, on acquiert une nouvelle liberté, celle qui permet de choisir d’être tranquillement avec soi-même.

Pour Carl Jung, la quête du « connais-toi toi-même »  passe par le  retrait en soi. Cette étape est  bénéfique pour soi, mais aussi pour notre environnement car elle agit sur nos relations interpersonnelles et rejaillit sur toute notre existence.

De grands philosophes existentialistes et spiritualistes insistent sur l’importance de l’expérience de cet isolement en préconisant la rêverie qui lui assure d’avoir un moment à soi : «Je ressens un  sentiment précieux de  plénitude, de contentement et de paix dans ce calme. Chaque jour de ma vie me rappelle avec plaisir celui de la veille et je n’en désire point d’autre pour le lendemain. »

Quoi de plus complet que le silence ? [Honoré de Balzac]

Faire silence c’est résister aux méfaits du stress.

Alors commençons quotidiennement à nous octroyer quelques minutes afin d’offrir à notre corps et à notre  mental un moment salvateur. Pour éviter de se laisser habiter par un déferlement de pensées parasites, habituons-nous par exemple dans la journée à être vigilant à un état intérieur, simplement percevoir la présence attentive de son souffle,  avec la sensation  agréable de bénéficier d’un peu de temps pour être avec soi, attentif aux mouvements que l’on effectue comme le pas que l’on pose dans le sol, ou savourer un met en mangeant dans la pleine conscience des cinq sens que l’on éveille. Attentif à soi, mais aussi à la vie, à son environnement : regarder le ciel, les étoiles, le soleil, la couleur et pureté d’une fleur,  écouter le tic tac d’une pendule, entendre le son des oiseaux, communiquer avec la nature  être présent à la musique, à ses vibrations… autant de techniques à la portée de chacun…

Après une épreuve douloureuse, une étape de vie importante, nous avons besoin de conforter notre relation avec nous-mêmes. Trop souvent, après une séparation, un divorce, une rupture, on se précipite dans une nouvelle relation pour ne pas avoir à affronter la solitude. Si nous voulons créer des nouveaux liens,  il nous faut quelquefois vaincre nos ennemis intimes, comprendre et intégrer ce que notre relation aux autres a éveillé comme pensées, comme comportements. Cela suppose un temps de retrait, un espace pour la réflexion, entendre ce que l’on n’a pas pris soin d’écouter,  accepter de grandir et de mûrir. C’est un moment où l’on approfondit  la relation à soi et cela nous procure une plus grande liberté intérieure pour nous investir dans de nouveaux choix de vie.

Ce temps d’isolement est aussi  un moment sacré, d’une grande intensité où l’on vit  avec soi une expérience privilégiée d’une grande fécondité qui nous ouvre à une vraie présence à nous-mêmes. Lorsque l’on ressent cette présence en soi, on n’a plus peur du silence,  de la solitude… on ne se sent plus seul.

Eprouver une liberté intérieure, c’est s’affranchir  de toute attente et de toutes nos peurs dit Matthieu Ricard*  Dans la vie quotidienne, cette liberté nouvelle nous offre la possibilité d’une plus grande ouverture à l’autre, celle aussi de savourer la simplicité du moment présent, libre du passé, affranchi du futur et de ses peurs, celle de pouvoir alors partager simplement l’intimité d’un rire avec les êtres que l’on apprécie, sans y être émotionnellement accroché.

Ainsi régénérés et  libérés, il nous est plus aisé de nous  investir dans nos activités en développant davantage notre créativité et nos aspirations pour le plaisir et la solide nourriture de la vie.

La vie est riche de tout ce qui est nécessaire pour nous éclairer, mais nous ne prenons pas le temps d’allumer la lumière nous enseignent les sages. Vivre le silence c’est se libérer de son propre conditionnement.

Sachons reconnaître notre besoin de silence et de présence, de solitude mais aussi ceux de notre entourage et accordons-nous ces moments où chacun respecte le silence, l’espace et le jardin secret de l’autre afin de mieux se retrouver.

Notre capacité d’écoute et faire silence dans le coaching et l’accompagnement

L’homme courageux n’est pas celui qui n’a jamais peur, mais celui qui accepte de faire silence en lui.

[Henri d’Hellencourt]

Dans l’accompagnement et le coaching, accompagnateur et accompagné sont, tous les deux, invités à se mettre dans cette attitude créatrice, ou l’écoute fait éclore la parole. Tout accompagnement se concrétise et se réalise dans le dialogue tissé de parole dite et parole entendue.

Ecouter cependant n’est guère une opération facile, ni spontanée. Spécialement en notre monde où la parole, bien que multipliée et orchestrée par tant de moyens techniques super perfectionnés devient inaudible par excès de bruits. Force nous est donc de réapprendre à faire silence, à acquérir la capacité d’écouter.