Comment écouter.

Le silence est une des formes les plus perfectionnées de l’art de la conversation.

[William Hazlitt]

Le mot vient du latin, auscultare, (d’où ausculter un malade). Et le Larousse explique »: «Prêter l’oreille, s’appliquer à entendre, être attentif à, tenir compte de ce qu’on dit, exprime ou désire… accueillir avec faveur, attacher de l’importance… Ecouter, c’est apparemment ne rien faire, se tenir oisif à ne rien faire. Pourtant c’est une opération ardue, exigeante, multiforme.

Dans l’accompagnement spirituel l’art de l’écoute ne relève pas seulement de la technicité. Il ne s’agit pas seulement d’écouter l’autre, assis à côté ou en face, mais aussi et surtout d’être à l’écoute des formes pensées de l’Esprit en lui, de ses motions, désirs, voix et voies qu’il essaie de faire résonner, et frayer dans le cœur de cet autre qui nous demande de l’accompagné.

Accueillir le silence est une dimension première au cœur de l’entretien d’accompagnement. Elle concerne aussi bien l’accompagnateur et l’accompagné. Tous les deux se doivent d’être en attitude d’accueil, profond, qui s’œuvre au mystère de la vie qui se communique par le lien qui unit l’un et l’autre. Ainsi cette attitude devrait toujours précéder, accompagner, clôturer toute rencontre d’accompagnement, et même la prolonger et se poursuivre bien au-delà.

Le silence qui la précède  est un silence de mise en disponibilité, en préparation, où tous les deux, accompagnateur et accompagné, se mettent en état d’éveil et d’attente de la lumière qui va surgir, de la parole qui va faire vivre et vibrer.

Le silence qui l’accompagne est fait de silence ou de parole parfois, mais toujours d’attention et de vigilance aux émotions, même devant le mystère qui se révèle à travers le partage et la communion fraternels des deux partenaires en présence.

Le silence qui suit l’entretien, même si l’entretien semble s’enliser, ou se bloquer, ou aboutir à une impasse, dans l’obscurité nous permet de tenir une attitude de confiance en l’action de la grâce qui continue son cheminement souterrain aux fins fonds des cœurs pour nous encourager et stimuler.

Ecouter l’autre c’est aller à sa rencontre, donc sortir de soi dans l’accueille. C’est être soi-même tous yeux, toutes oreilles, entièrement à l’autre, face à lui, dans une attention tendue vers ce qu’il va dire, désirer… C’est une modalité du don de soi. C’est donc être à la fois dedans et dehors de soi comme une sensation d’expansion de notre propre conscience.

Pour que cette sortie de soi, pour se rendre présent à l’autre, chez l’autre ; pour que puisse se vivre un lien sans déchirure, ni divorce, sans se renier ni se désincarner de son identité ; il faut avoir été capable tout d’abord, par grâce et à force d’un travail sur soi, d’avoir mis de l’ordre dans sa propre vie intérieure, s’être réconcilié avec soi-même, et solutionné, ou rangé au moins, les problèmes qui nous occupent et préoccupent. Il faut avoir acquis une certaine forme de sérénité fondamentale, sans laquelle il nous sera impossible d’être à l’autre, et à son écoute.

Faire silence en soi dans l’écoute, et pour pouvoir écouter.

Le silence devient plus dangereux que la parole, en communiquant aux yeux toute la puissance de l’infini des cieux qu’ils reflètent. Honoré de balzac

Ce silence pour écouter exige de nous une forte implication personnelle. Quand nous écoutons vraiment activement, celui ou celle qui parle, non seulement nous suivons mot à mot ce qu’elle dit, mais surtout nous anticipons en quelque sorte ce qu’il va nous dire, et rejoignons même ce qu’il n’ose pas dire, et attende de nous que nous l’entendions.  Tout cela ne saurait jamais être vécu que dans un climat de profond silence extérieur et intérieur surtout. Ne sait écouter que celui qui sait faire taire, en lui et autour de lui, tout bruit et vacarme des sons et des passions.

Ecouter avec tout notre être, corps et âme.

Ecouter de grand cœur, magnanime et généreux et ainsi permettre à l’autre d’être lui-même, à l’aise et décontracté. L’écouter sans préjugés, ni idées préconçues; ni pré acquis, ni présuppositions.

Ecouter avec un esprit large, compréhensif et ainsi rejoindre l’autre là où il est, et dans ce qu’il est, sur son propre terrain et dans son propre chemin.

Ecouter avec une liberté, une liberté intérieure capable de respecter la liberté de l’autre, et même le libérer de ses propres prisons. Au point de départ, qui écoute n’a rien à défendre, rien à prouver, rien à affirmer.

Ecouter en esprit et en vérité, c’est “nous avancer sur le chemin où l’autre nous appelle et nous propose de le rencontrer. Cela suppose une relation ouverte avec nous-mêmes et notre propre expérience intérieure et extérieure, qui nous permette de trouver une ouverture à l’autre, et une disponibilité à l’accueillir.

Une telle écoute est réciproque et vise à une recherche commune de la vérité. Cela exige:

  • De la part de l’accompagné un désir vrai d’éveiller sa proper conscience. Sa propre parole doit alors faire place progressivement à un silence fait d’attente et d’attention à son propre discours et à celui de l’accompagnateur comme à tout autre signe intuitif de l’intervention de dans sa vie.
  • De la part de l’accompagnateur, le silence est premier, mais il n’est pas un silence d’absence mais d’attention et de respect.

L’accompagnement tend à aider l’accompagné à reconnaître l’action de sa propre conscience, entendre sa parole et y répondre. A la lumière de ce principe nous lisons la réponse à notre double question:

L’accompagnateur et l’accompagné, ensemble, seront toujours à l’écoute de leur conscience, même si son émergence se fait rare, se fait attendre ou semble mystérieuse, indéchiffrable.

Le plus grand souci, dans l’accompagnement, est cette harmonie entre toute ces écoutes pour arriver à entendre la conscience et sa parole qui nous appelle à l’être, à la vie, au bonheur.

Quoi écouter?

Le silence est le dernier refuge de la liberté.

[Michel Campiche]

Tout ce qui est dit:

  • D’abord la parole des mots, de la voix et des discours. Ensuite, les intonations et modulations des voix, le genre du discours, son rythme, volubilité, continuité, discontinuité, logique et illogisme.
  • Ecouter les gestes, attitudes, regards, teint-caméléon, tension du corps, tics, tremblements des mains ou des pieds, façon de s’habiller ou de s’asseoir, modèles et couleurs… ameublements. Bref, toute la personne et tout ce qui en émane.
  • Ecouter tout cela, en profondeur, comme on écoute l’écho de la chute d’un caillou au fond d’un puits. Ecouter et se donner le temps de laisser-venir la compréhension, et peut-être aussi la réponse. Et quand bien même l’écoutant n’a pas compris, l’écoute bien conduite ne saurait demeurer sans effet: immanquablement une lumière en surgira pour l’écouté, même si l’écoutant n’a point d’emprise sur elle.

L’écoute qui ouvre une autre dimension de l’être

Le silence est le plus haut degré de la sagesse.[Pindare]

L’écoute est toujours bénéfique. Heureux qui en a et la capacité et la compétence. C’est une grâce de choix. Offerte ou reçue, dans l’accompagnement spirituel, elle est une manière d’incarnation de l’amour de Dieu, qui est toujours à notre écoute, et dont la parole donne la vie, la paix, le bonheur à celui qui est écouté comme à celui qui sait écouter.

Pour être ainsi salutaire, l’écoute nécessite encore de nous que nous sachions en éviter les écueils, et ils sont nombreux, comme aussi savoir gérer ce qui a été dit.

L’écoute et ses obstacles.

Dans le silence et la solitude, on n’entend plus que l’essentiel.

Echos du silence

 

La répétition: Un tel accompagné se raconte, et n’en finit pas. Il ne cesse de se redire, de se complaire dans ce qu’il dit. Faut-il alors laisser faire? L’écoute vigilante, même respectueuse de l’autre, doit savoir orienter et éveiller, et remettre dans l’ordre, sans bloquer et interrompre.

Le blocage: Né du mutisme de l’écoute, ou d’un choc psychologique, ou opposition quelconque ou bien quand rien ne bouge, rien n’advient, et cela pendant plusieurs entretiens. Que faire? Tout faire pour ne point en arriver à ce point. Ensuite tenter de remettre en confiance, de dissiper tout soupçon de manque d’intérêt, ou indifférence… enfin entrer en confluence  ensemble et ne jamais perdre patience ni espérance.

La position d’autorité: Elle fausse toutes les règles du jeu, réduit au silence, ou retourne au système de défense, justification, apologie, ou même encore d’arbitraire.

Le transfert: qui fait virer l’écoute vers les chemins de l’affectivité et des “amourettes”, ce qui nous embarque dans d’autres continents, et gomme complètement toute ouverture dans ce cas cet amour entre dans le conditionnel.

Le semblant d’écoute ou écoute feinte: tout en écoutant, on est ailleurs, ou distrait, ou fatigué, ou impatient d’en venir à bout, ou même occupé à préparer les réponses pendant que l’autre parle.

Savoir accueillir ce qui a été écouté.

Je tiens mon âme en paix et en silence, comme un enfant contre sa mère.

Psaumes, CXXXI, 2

 

L’accompagnateur n’est pas un dilettante, qui écoute pour écouter. Et l’accompagné ne parle pas pour le simple plaisir de parler. Donc, toute écoute, en ce cas, nous invite à tous deux, ensemble, avec patience et bienveillance, sous le regard de la conscience collective et pour son amour, à chercher les conclusions pratiques:

  • Faire le point sur ce qui a été dit, et essayer, d’accorder avec l’accompagné, à reformuler ce qui a été dit, pour s’assurer de la bonne compréhension, d’un côté comme de l’autre.
  • Essayer de chercher de nouvelles pistes, pour sortir d’une impasse, ou d’une situation problème.

Placer ce qui a été dit, au vécu, sous le signe de l’intuition, et en tirer orientation à prendre pour le cheminement, et préciser, ensemble, quoi faire pour demeurer fidèle à ce cheminement